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Miaou qu’il est ?

“J’adore les chats mais il est parfois bien difficile de les rendre heureux en ville.”
Olivier C., Paris 18e.
Justement, hier, rue des Martyrs, j’avisais une série d’affichettes arborant une tête de minou et l’inscription : « Recherchons Othello, chaton gris cendré, disparu il y a trois jours. »
A l’idée de ce petit être perdu dans la jungle urbaine, mon cœur se remplit d’émotion... et déborde sur ces derniers mots : « Forte récompense. » Moi qui ait toujours rêvé d’être chasseur de primes !
Premier réflexe, j’arrache tous les prospectus pour évincer une concurrence éventuelle traquant sans merci une pauvre créature au comble de l’angoisse. Personnellement, je panique à plus de trois rues de mon domicile, alors j’imagine, un minou tout mini...
Et je fustige l’inconscience de ses propriétaires : “Gris cendré, à Paris ! C’est du camouflage ! Ils pourraient choisir un modèle plus voyant, je ne sais pas moi, fushia ou vert fluo !”
Misant sur l’appel du ventre, je m’en vais patrouiller devant l’immeuble du disparu pour jouer des maracas avec deux paquets de croquettes, en chantonnant “Othello, Othello...” d’une voix enjôleuse.
Au bout d’une heure, le concierge exaspéré sort et me crie de retourner dans ma secte pendant que son rodweiller déchiquette mon matériel de prière.
Contrarié mais instruit par l’échec, j’applique ensuite la méthode du vrai détective : se mettre dans la peau du personnage. “Qui dit chat, dit... gouttière, bien sûr !” Profitant de la pleine lune, je pars miauler sur les toits du 18ème dans un vieux costume de Batman, muni d’une épuisette et de trois cents grammes de mou haché. Et en moins de deux minutes, l’Amicale des Matous Mastards vient m’apprendre la différence entre gros pépères de salon et serial griffeurs !
Lacéré de partout et suspendu à la corniche pour échapper à d’autres coups de pattes, je réfléchissais en entendant la sirène des pompiers : “C’est foutu ! Si ça se trouve, ce chaton, il est juste parti en week-end. Ou alors, c’est une fugue : il s’est teint en blanc et a déjà changé de nom. Ou bien...”
Comme j’allais me lâcher dans la bâche, la vérité s’est imposée, fulgurante : “Il s’est kidnappé lui-même pour toucher la prime ! Le p’tit salopiooot...”



A ma sortie d’hôpital, j’ai remis les affichettes à ras du sol, avec mon adresse et de fausses empreintes félines menant à ma porte.
Othello m’a l’air intelligent : je suis sûr qu’autour d’un verre de lait, il saura se montrer raisonnable sur le partage de la récompense...

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