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Allô Pipelette ?

“Tout ce baratin à haute voix sur les téléphones portables, moi ça me fatigue !”
Jacques H., Paris 20e.
Surtout de la part de nos envoyés spéciaux au ras des pâquerettes !
Ce matin, c’était une blonde en veste de fourrure, l’oreille scotchée au combiné, qui détaillait son shopping d’une voix de crécelle : “Je-te-jure : la jupe top de chez top ! Et tu verrais le chemisier !”
Hypnotisé par tant d’inanité concentrée, je la fixe jusqu’à ce qu’elle s’offusque : “Non mais, ça vous intéresse ce que je raconte ?” “Ouais, j’fais un mémoire sur la pie jacasseuse en milieu urbain !” Vexée, elle s’éloigne en haussant les épaules et j’ajoute : “Attendez, j’ai aussi un essai sur la migration des perruches de trottoir !”
A midi, je guette mon bus quand retentit une sonnerie électronique « Lofteur Academy » qu’un ahuri coiffé en pétard interrompt pour enchaîner avec le sempiternel “Yes ! C’est qui ? T’es où ?” Soucieux de situer avec précision sa position géographique mais incapable de trouver le nom de la rue écrit en toutes lettres sur l’arrêt de bus, il tournoie sur lui-même en répétant à son interlocuteur “Whoa, c’est clair, j’suis au milieu du grand nowhere !” avant de m’apostropher : “Eh, on est où,   là   ?”  “Avenue   des   Grands   Benêts   !

Pourquoi ? On doit te parachuter un cerveau ?”
Enfin, vers 19 h, je fais la queue chez le boucher pendant que ma voisine de derrière anime sur son mobile le débat « Ça se discute sans fin : qu’est-ce qu’on mange ce soir ? »
“Ma parole, c’est plus une bavette qu’elle nous taille, c’est un rosbif...” me disais-je, subissant une longue tergiversation sur les mérites comparés du poulet au four et des escalopes à la crème : “Moi, j’aime bien les deux... non, c’est comme tu veux, Véronique... oui, j’adore le veau... non, mais la volaille aussi... c’est toi qui vois... oh, tu sais, Véro, ça m’est égal...”
A bout de nerfs, j’ai fini par lui arracher l’appareil pour y annoncer d’un ton sans appel : “Le public a tranché : ce s’ra poulet rôti parce que ça rime avec abruties !” Ensuite, j’ai coupé la communication et rendu le combiné à sa propriétaire suffoquée, en lui précisant : “Et estimez-vous heureuse, j’aurais pu choisir les escalopes !”

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